VOIX OFF par Oudom HENG

J’ai écrit cette nouvelle dès le début de cette année 2014 pour le concours de RFI- le prix de Stéphane HESSEL et le concours des nouvelles pour des jeunes écrivains francophone du monde. En attendant le résultat, j’aimerais la publier dans mon blog.

A mes collègues
A mes chers écrivains et les journalistes
A ceux qui marchent contre le vent et la pluie

 

VOIX OFF

par Oudom HENG

 

Ce matin, je me réveille tôt comme d’habitude pour aller au travail. Je dois préparer l’information nationale de la matinée à diffuser. Quelque fois, je pense et je souris seule. Il n’y a pas de dimanche pour les journalistes, ni de weekend, c’est drôle comme carrière professionnelle. Certes, même si l’on se repose le weekend, on doit suivre toujours les actualités et rester bien informé.

Au bureau, dans On Air, je lis en résumant des informations : StudioRM

-Dans la chronique économique aujourd’hui, les économistes relèvent que le Cambodge est listé encore dans les pays les moins avancés, pourtant il est en voie de développement. Si l’on regarde la statistique d’économique, le peuple gagne en moyenne moins de deux dollars par jour. La qualité de vie n’est pas très chère mais les riches sont devenus plus riches, et les pauvres restent toujours pauvres, et en plus, ils deviennent les plus pauvres.

‘Pause de Musique, très rapide’

-En 2015, il y aura sans doute l’intégration dans l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est alias l’ASEAN, beaucoup de jeunes craignent la perte d’emplois pour les cambodgiens parce que leur éducation et les compétences sont limitées et inférieures à d’autres citoyens potentiels dans les Etats membres de l’ASEAN…

‘Pause de Musique, très rapide’

-Les grévistes demandent l’augmentation de salaire à  160 dollars, sinon, ils ne retournent pas au travail. En revanche, la pression du gouvernement, certains d’entre eux ont été arrêtés et ont tué. Après cette nouvelle répression, Surya Subedi, le rapporteur spécial de l’Organisation des Nations Unies vient visiter le Cambodge immédiatement. Il a discuté avec le premier ministre, l’homme fort du Cambodge, les sociétés civiles et aussi avec l’Opposition. Selon lui, les deux partis doivent négocier et utiliser la stratégie de la non-violence…

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Je sens que je diffuse clairement les informations en toute confiance en moi. Quand je termine, je sois du studio et je prends un café. Je continue de penser et de réfléchir dans ma tête, toute seule, à la parole du rapporteur spécial.

La Non-violence! Comme le faisait  Martin Lutter King aux Etats Unis d’Amérique? De Nelson Mandela en Afrique du Sud? De Gandhi en Inde? Ou de Stéphane Hessel en France? Néanmoins, je souhaite aussi qu’elle existe un jour chez moi.

Je me rappelle, lors du nouvel an 2014, le calendrier tourne sa
nouvelle page et aussi le Cambodge qui ouvre sa nouvelle pire histoire des
droits de l’homme. Le lendemain du compte à rebours, la répression du gouvernement contre les manifestants, grévistes et ouvriers du textile. Au moins cinq personnes ont été tuées le 2 janvier 2014, certaines ont été blessées gravement et d’autres ont été arrêtées et sont disparues.

Depuis les élections législatives en juin 2013, le conflit entre le parti au pouvoir et celui de l’opposition continue. L’opposition voudrait occuper l’assemblée nationale, ce que le parti au pouvoir refuse. Elle a fait la manifestation pour demander de contrôler la justice dans les élections surtout les votes, elle croit et prouve que le vote du peuple a été volé, acheté et qu’il y avait des fraudes… On a  su qu’avant la manifestation de barrage de rue, un jeune homme ouvrier a été tué et quelque temps plus tard, une femme vendeuse a également trouvé la mort. Alors, quelle violence!

Ce n’est pas comme l’Égypte, ni la Vénézuéla, ni l’Ukraine, ni la Birmanie, ni comme la Thaïlande. Mon pays est tout petit. Voilà, mes amis se moquent souvent par plaisir que «Ton pays est tout petit mais grand car il a beaucoup de problèmes». Je ne leur réponds rien pourtant je réfléchis et pense beaucoup à leur parole. Certes, la Singapour est plus petite que le mien mais elle est vraiment très connue sur la scène internationale. L’Israël est aussi petit avec très peu de population mais cette nation est forte. Le Japon a plusieurs problèmes naturels, comme le tremblement de terre et le typhon, mais ce pays est une grande puissance économique. Contrairement à mon pays, les deux choses que les gens connaissent dans mon pays natal sont Angkor et The Killing Fields. Le monde entend le Cambodge grâce au temple d’Angkor, à celui de Preah Vihear, au Ballet royal (la danse Apsara), Le Sbèk Thom (le théâtre d’ombres khmer) qui sont sur la liste du patrimoine mondial, matériel et immatériel.

Il y avait évidemment l’histoire du sang et de larme. Il a été reconnu par les films, The Killing Fields et The Missing Picture, l’image manquante, ainsi que le régime Kamuphéa démocratique, le mauvais régime des khmers rouges que la Chambre Extraordinaire au Sein des Tribunaux Cambodgiens parrainée par l’Organisation des Nations Unies  est en train de traduire en justice actuellement.

 Parlons de ma carrière professionnelle de journalisme à la radio, elle est vraiment intéressante. J’ai entendu par mes amis et les lettres envoyées que
mes auditeurs en province et de la capitale m’aiment beaucoup grâce ma voix
doucereuse et courageuse. Je suis très satisfaite. En revanche, ce métier est risqué, jusqu’à y perdre la vie. Parfois cette carrière est tellement fragile et dangereuse chez-moi. L’organisation de Justice pour Journalistes et la société civile observe et indique que, depuis 1994, il y a quinze journalistes indépendants qui ont été tués et il n’y avait pas encore la justice pour eux et leur famille. La plupart d’entre eux ont écrit des critiques sur la politique et des articles pour lutter contre la corruption, la perte de la terre et de la forêt.

Je me rappelle bien qu’un directeur d’une radio locale, au début d’octobre 2012, a été condamné à une peine de vingt ans de prison pour «insurrection et incitation à l’usage d’armes contre l’Etat» selon le tribunal de première instance. Il faisait appel. Heureusement, grâce à la réaction nationale, internationale, les supporteurs, surtout la société civile, il a obtenu sa libération car la cour d’appel a dit que le tribunal municipal avait tort. Après ce fait, puis un mois plus tard, un journaliste d’un quotidien a été trouvé  mort dans sa voiture avec deux balles tirées dans la tête. Je sais qu’il est le correspondant d’un journal local et il aimait écrire les articles sur les sujets chauds comme la corruption des cadres, les activés illégales des hommes au pouvoir et des politiciens. Avant sa disparition, ce journaliste publiait un article pour critiquer le gouverneur provincial et ses proches pour la corruption. Je suis très désolé pour lui et sa femme qui était enceinte de sept mois.

Dans ce cas, d’après le rapport de l’organisation internationale pour la liberté et l’information,  Reporters Sans Frontières a exposé que parmi les 179 pays du monde, le Cambodge a été classé le numéro 144è. Elle montre
aussi que le recul de la liberté de l’information s’est traduit par des attaques meurtrières et des menaces de mort à l’encontre des journalistes dénonçant la corruption du gouvernement et les activités illégales portant atteinte à l’environnement, la coupure et la destruction de la forêt, la violation de la terre et l’exportation du sable et des minéraux.

 De plus, quand je lis le rapport du Comité pour la Protection des Journalistes[1], j’ai entendu parler des nombreux journalistes emprisonnés dans le monde, 211 journalistes emprisonnés pour l’exercice de leur profession. En tant que collègue des reporters et journalistes, je suis rempli d’inquiétude aussi pour ma sécurité.

Pour moi, au travail, je fais vraiment attention d’écrire et de parler des sujets chauds comme la politique et la corruption. Pourtant je respecte certainement la profession de journaliste. Je garde toujours la stratégie de neutralité et mon indépendance.

Le journalisme, il fait partie de l’écriture dont le métier de l’écrivain. Je souviens que mes 130528_rg2ye_studio-radio-micro_sn635professeurs et les écrivains de bonne fois m’ont dit et écrit que chez nous, si vous voulez devenir écrivain, il faut retenir qu’il existe les trois risques de l’auteur au Cambodge : l’assassinat, l’exil et l’emprisonnement. Après avoir exercé cette profession, je suis totalement d’accord avec eux et il faut remarquer aussi que les écrivains khmers de bonne foi ne sont jamais riches. Ils vivent jusqu’à la fin de leur vie dans la pauvreté.

L’auteur brillant, Kong Bun Chœun, romancier et poète très connu, est un exemple concret. Il a demandé d’asile et il est exilé actuellement en Norvège car il a publié un roman d’après une histoire scandaleuse de la relation sexuelle d’un Secrétaire d’Etat au Conseil des Ministres avec d’une actrice mineure. Sa famille a été menacée et une jeune actrice a été brûlée par l’acide, du fait de l’épouse de ce cadre. Finalement, l’auteur de crime est libre et la victime est réfugiée à l’étranger. Un autre écrivain, est réfugié aux Etats-Unis, car il a écrit du mal sur des hommes au pouvoir.

article_radioJe n’arrive pas à m’arrêter de rêver toute seule. Je me rappelle qu’il y avait quelque jours avant l’élection législative, le décret du ministère de l’information interdit la diffusion des radios en langue cambodgienne qui diffusent de l’étranger comme  Radio France Internationale en khmer (RFI) de France, The Voice of América (VOA) et Radio Free Asie (RFA) des Etats-Unis, et ABC radio Australia de l’Australie. A ce moment-là, pour les journalistes, les auditeurs, des compagnies et des agences de presse, et aussi la société civile, avaient beaucoup de réactions. On était vraiment mécontent, et on le critiqua. Après avoir eu beaucoup de critiques, le ministre de l’information annula le décret et accepta de rediffuser.

Je souviens aussi bien, en mi-décembre dernier, que lors de la manifestation au Parc de la liberté, un directeur d’une radio indépendante qui a été libéré et le directeur du Parti de l’Alliance pour la Démocratie[2] demandé à la municipalité pour manifester et demander l’autorisation d’avoir la fréquence pour la radio et la création d’une télévision indépendance. Le gouverneur de Phnom Penh n’accepta pas cette demande au motif de la sécurité publique. De plus, le ministère des informations informe qu’il n’y a plus de fréquence pour la radio, ni pour la télévision…

Pour l’information de cet après-midi, j’ai écrit et j’ai enregistré moi-même, puis je l’ai donné à ma collègue présentatrice qui s’occupe dans l’après-midi.

A l’heure de diffusion, j’entends ma propre voie que La dernière nouvelle qu’on a reçue, le ministère des informations doit coopérer avec la société civile et l’autre partie concernée pour s’occuper de l’écriture du projet de lois de la liberté de recevoir des informations, notamment, la liberté d’informer. Le ministre a indiqué qu’il faut dépenser environ trois millions de dollars pour trois ans de discussions, des  recherches, et des conférences. Cette citation a été beaucoup critiquée par la société civile qui a déclaré, selon son expérience, un million ou un million et dix milles dollars, c’est suffisant et il n’est que pour la durée d’une année.


‘Pause de Musique, très rapide’

Dans la chronique d’analyse de la société khmère actuelle, la présentatrice fait extrait de 024022011174116000000radiomon texte que  L’image de notre pays est bonne et mauvaise sur la scène internationale, et le mal devance le bien selon les rapports. On peut savoir également, si l’on tire le rapportage à la fin d’année 2013 de Transparence Internationale, parmi les 175 pays, le Cambodge est listé déjà le numéro 160 des pays les plus corrompus dans le monde, et aussi dans le domaine des droits des citoyens, il en est de même pour la violation des droits de l’homme, d’après les organisations internationales comme Amnesty, Humain Right Watch et le bureau des droits de l’homme des Nations Unies. Néanmoins, Global Witness a montré aussi que beaucoup de ressources naturelles de ce pays a été exploitées en toute irrégularité.

La nuit tombe.

Je sors du bureau et je conduis mon scooter vers le chemin qui me mène à ma petite chambre louée. Je rêve et j’imagine encore. Je pense beaucoup à la situation politique et la liberté d’expression chez-moi.

La Radio Primitive animée par la voix de Rémi

En fait, il est rare dans l’histoire de mon pays, que les reporters et les auteurs soient féminins, pourtant avec la nouvelle génération, les jeunes filles commencent à s’intéresser à ce genre de travail. Ma famille, mes parents ne voulaient pas que j’exerce ce métier de journaliste, ni d’écrivaine. Ils se sont beaucoup inquiétés pour moi et me demandent de m’arrêter et de quitter mon studio à la radio. Je ne leur ai pas obéi et de plus, je les ai convaincus que le chemin vers la liberté n’est pas facile, comme Nelson Mandela l’a fait en Afrique du Sud.

«Pan, pan !» deux claquements secs. Un coup feu, puis un autre.

Mon cœur bat très vite. Il est difficile de m’inspirer. Je ne me rappelle plus rien. Mes oreilles ne travaillent plus et je n’entends que les bruits, les bruits de motos, de véhicules qui circulent dans la rue. La sirène de la voiture de pompiers ou de l’ambulance, je ne reconnais pas le son. Je vois finalement d’un coup d’œil, plutôt, l’ambulance qui arrive et j’ai essayé mais je n’arrive plus à ouvrir mes yeux. La nuit sombre.

 

Féb, 2014

Les photos sont réservés leur droits par l’internet.

[1]Committee to Protect Journalists du 18 décembre 2013

[2] LDP, League of Democracy Party

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